PIERRE JULIEN, RESPONSABLE D'ACTIVITÉ COORDINATION SPS, BUREAU VERITAS CONSTRUCTION

Pierre JULIEN
Responsable d’activité Coordination SPS (Sécurité et Protection de la Santé)
BUREAU VERITAS CONSTRUCTION, région Méditerranée

 

Vous êtes Coordonnateur en matière de Sécurité et de Protection de la Santé ; concrètement quelles sont vos missions, quel est votre rôle sur le projet d’élargissement de l’autoroute A52 ?

La mission de coordination de la sécurité et de la protection de la santé relève strictement du Code du travail, lequel prévoit des dispositions concernant la coordination des mesures de prévention pour des opérations menées dans les domaines du bâtiment et du génie civil. Dans le cadre du projet d’aménagement de l’A52, mon rôle est d’organiser la coordination sécurité sur l’ensemble des petits et gros chantiers présents sur les 8 km du projet. En effet, en sus du Marché principal de Terrassement, d’Ouvrages d'Art, de Rétablissement de Communications et de Chaussées (TOARCC), 4 ou 5 opérations connexes sont programmées, comme la démolition du pont du chemin du Merlançon, par exemple. À cela s’ajoutent les interventions des différents concessionnaires de réseaux électrique et de télécommunication et, dès le printemps prochain, le démarrage des fouilles archéologiques préventives dans le secteur de la zone de compensation des crues du Merlançon.

Avec pour priorité absolue un « Chantier 100% sécurité », la maitrise d’ouvrage, la maitrise d’œuvre et moi-même collaborons chaque jour étroitement afin d’identifier et de prévenir les risques liés à la coactivité des entreprises intervenant simultanément ou successivement sur ces différents chantiers.

Pour mieux comprendre la notion de coactivité, prenons l’exemple d’une situation de chantier de construction d’ouvrage d’art situé à proximité d’une activité de terrassement. Il existe des risques de coactivité auxquels sont exposés les salariés qui construisent le pont comme, entre autres, les risques de heurt ou d’écrasement par un engin ou un véhicule de chantier. De même, les travaux de l’entreprise qui construit l’ouvrage exposent le personnel des autres entreprises présentes sur le même lieu (armaturier, terrassier, étancheur...) à des risques de chute d’objets ou de chocs lors des opérations de levage de charges...

Nous nous inscrivons bien évidemment dans la démarche volontaire « Maitrise d’Ouvrage Zéro Accident (MOZA) » engagée par VINCI Autoroutes en vue d’améliorer la sécurité sur les chantiers au moyen de mesures exigeantes imposées aux entreprises : la présence d’un animateur sécurité, la mise en place de réunions hebdomadaires avec l’ensemble du personnel du chantier, la limitation du pourcentage d’intérimaires et du rang de sous-traitance ou encore l’analyse systématique de tous les évènements sécurité. Aujourd’hui, après 7 mois de chantier et plus de 50 000 heures de travail, nous pouvons nous prévaloir de tenir l’objectif de 0 accident grâce à la forte implication de tous les acteurs du chantier.

 

Pour vous, Coordonnateur SPS, quels sont les enjeux, les particularités de ce projet ?

Outre les risques inhérents à tout chantier de travaux public, il existe pour ce projet d’élargissement des risques qui sont directement liés à l’environnement du site. Une des particularités de cette opération réside dans le fait que les travaux s’effectuent sous circulation, dans une configuration où l’emprise du chantier est réduite et les points d’accès aux zones de travaux limités.

Autre particularité, l’autoroute A52 traverse des massifs forestiers pour lesquels un arrêté préfectoral précise les exigences à respecter pour tous travaux situés à moins de 200 m, sur la période du 1er juin au 30 septembre, et ce afin de prévenir le risque d’incendie.

La circulation d’engins ou les travaux de soudage, oxycoupage, meulage qui génèrent des étincelles sont considérés comme sources potentielles de points chauds susceptibles de provoquer un incendie.

En réponse, nous avons mis en œuvre des moyens complémentaires, aussi bien en matière de formation du personnel travaillant sur le site que pour la sensibilisation et le contrôle des entreprises exécutant les travaux.

À propos des enjeux du projet, ils consistent à éviter les accidents du travail et les accidents de circulation que l’activité du chantier pourrait générer. Nous sommes donc très vigilants sur les mouvements d’engins.

 

Combien de personnes travaillent dans votre équipe ?

Un coordonnateur sécurité suppléant du Bureau Veritas travaille à mes côtés. Nous nous attachons à prévenir les risques de coactivité et d’interférences de tâches. Pour ce projet en particulier, le maître d’ouvrage a souhaité renforcer la supervision en matière de sécurité en désignant un préventeur sécurité qui a pour mission de s’assurer que les entreprises travaillent en toute sécurité sur le chantier.

Nous fonctionnons tous les trois de manière très complémentaire.

VINCI Autoroutes accorde une grande importance à la prévention des accidents. Dans ce cadre, étant préventeur de formation, je suis également amené à apporter des conseils d’ordre plus général en matière de sécurité.

 

Quel est votre parcours professionnel ?

Issu d’une formation universitaire en hygiène et sécurité du travail, j’exerce ce métier depuis 30 ans au sein du département de prévention des risques du Bureau Veritas.

J’ai bâti mon expérience au travers de grands chantiers de travaux publics comme le métro de Marseille, la ligne TGV Méditerranée, les extensions de lignes ferroviaires, les autoroutes, les stations d’épuration, les centrales électriques EDF…

Je suis préventeur et coordonnateur ; je remplis la fonction de coordonnateur SPS depuis 1994. 

 

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Ce métier a toujours été le mien et il fait sens puisqu’il consiste à aider les entreprises à anticiper les situations dangereuses génératrices d’accidents et permettre, in fine, à leurs salariés de rentrer le soir chez eux en bonne santé après leur journée de travail.

L’une des composantes de ce métier est la communication au sens large afin d’attirer l’attention des différents intervenants et atteindre les objectifs de prévention des accidents du travail. De fait, j’ai de nombreux contacts, tant avec le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, les entreprises, les compagnons, qu’avec les organismes de prévention comme l’inspection du travail, la CARSAT (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé Au Travail) et l’organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP).

Enfin, dans ce métier de coordonnateur, j’ai un rôle de facilitateur qui me tient particulièrement à cœur. Il m’appartient de convaincre des entreprises parfois réticentes de respecter les prescriptions de sécurité que je donne tout en préservant des relations cordiales. Il m’arrive de rencontrer des difficultés sur certains projets mais ce n’est pas le cas sur le chantier d’élargissement de l’A52.